Complexe

  • Trois années

    Anton Tchekhov

    Alexeï Laptev a trente-quatre ans quand il se rend au chevet de sa soeur malade, dans une petite ville de province. Il y tombe amoureux d'une jeune femme de douze ans sa cadette et ne sera pas long à la demander en mariage, sachant pourtant que sa passion n'est pas payée de retour. Laptev n'est pas un homme séduisant, mais il a pour lui sa droiture ainsi qu'une solide fortune, et sa demande sera acceptée. Trois années vont s'écouler, durant lesquelles les sentiments vont évoluer, le futur se dessiner, très logiquement sans doute mais avec cette nuance d'étrangeté, ces petits riens imprévisibles que l'art de Tchékhov est de parfaitement restituer, pour saisir la vie dans ce qu'elle a de plus intime, de plus secret, de plus singulier.

  • La critique dramatique révèle l'état de la société.
    Lorsque Emile Zola et Octave Mirbeau entrent en guerre contre Francisque Sarcey, c'est à la bourgeoisie réactionnaire de la IIIe République qu'ils livrent bataille. Romain Rolland, dans le titre " Point de critique ", résume bien l'attitude des auteurs vis-à-vis de la critique d'humeur. Marcel Pagnol s'indigne. Dans L'Impromptu de l'Alma, Eugène Ionesco ridiculise les critiques de la revue Théâtre populaire, notamment Roland Barthes et Bernard Dort.
    Les metteurs en scène ne sont pas les derniers à manier l'ironie féroce. Et lorsque Jacques Lassalle dénonce les médiocrités de la profession, n'adresse-t-il pas des griefs analogues à ceux que Jacques Copeau lançait à Léon Blum ? N'y aurait-il alors que de mauvais critiques ? Parole à la défense ! Les textes de Bernard Dort, Georges Banu et un entretien inédit avec Bertrand Poirot-Delpech permettent de dessiner avec finesse et lucidité les contours d'une critique exigeante.


  • le prince de ligne (1735-1814) s'impose aujourd'hui comme une figure de proue de la culture européenne à la fin du xviiie et au début du xixe siècle.
    le paradoxe du prince charles-joseph de ligne est d'être à la fois célèbre par la place qu'il occupe dans la société européenne du xviiie siècle et méconnu en sa qualité d'écrivain. celle-ci se réduit souvent, jusque dans l'opinion éclairée, à sa fameuse autobiographie. or le prince est écrivain par nature, comme il est militaire par vocation. il n'a cessé décrire, depuis ses quatorze ans jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant plus d'un demi-siècle.
    ses textes traitent évidemment de la guerre et de son expérience. mais expriment surtout les multiples curiosités de l'auteur passionné de théâtre, ligne en analyse la pratique ; aristocrate sociable, sa correspondance est le reflet éclatant de son époque ;
    fou de jardins, il fait le tableau chatoyant de ceux de l'europe entière et en tire une véritable typologie des nations ; romancier, il démasque le jeu du libertin et se pose en féministe ; enfin, avec une attention scrupuleuse, il note au jour le jour les idées, les critiques, les rêves, les jugements littéraires et moraux qui lui viennent à l'esprit et il leur donne le titre significatif mes ecarts, ou ma tête en liberté.
    de cette histoire intérieure, qui se donne à lire sans
    souci d'apologie ou d'ostentation, seule une faible partie avait été rééditée. le lecteur découvrira dans ces pages les multiples facettes d'un esprit toujours en éveil, qui est aussi un des plus brillants
    prosateurs de son temps.

  • Sarah Bernhardt, pourtant invalide, n'a pas hésité à donner
    plusieurs représentations théâtrales devant des milliers de
    soldats, regroupés pour voir l'une des grandes vedettes du
    temps. Moment de détente dans la vie du poilu, mais aussi
    propagande ou reflet de leur existence difficile, le théâtre
    joue un rôle important dans la vie du Front pendant la
    Grande Guerre. Or, il est encore l'un des territoires peu
    connus de l'histoire culturelle de la Première Guerre
    mondiale.
    Le théâtre monte au Front explore les différents visages du répertoire
    de ce moment crucial: des pièces censurées à celles
    écrites par les poilus eux-mêmes, du théâtre patriotique au
    pacifiste, des auteurs de l'arrière aux représentations des casernes
    et des campements. Entre « bourrage de crâne » et
    vision très réaliste donnée par les soldats, le théâtre propose
    une image fouillée de la guerre, de ses représentations, et des
    façons dont elle a été vécue.
    Le livre se compose d'une série d'essais sur la vie théâtrale entre 1914 et 1918, depuis Paris jusqu'au Front, et y adjoint une anthologie d'extraits significatifs d'un répertoire largement inédit, voire méconnu.

  • " Toutes les autres nations avaient eu leur temps de prospérité et avaient disparu.
    Israël poursuivait son chemin avec une force et un courage invaincus. Prodigieux ! Miraculeux même ! Ah ! Que ne pouvait-il, lui aussi, s'appuyer sur cette foi solide ! Son âme était de l'Orient, mais son cerveau de l'Occident. Son intelligence s'était nourrie aux mamelles de la science, qui classifie tout et n'explique rien. Il était épuisé par le grand effort des siècles, tant d'époques de persécutions, tant de moeurs, de langues, de nationalités adoptées ! Son âme devait ressembler à un palimpseste sur lequel les nations, l'une après l'autre, avaient imprimé leur marque.
    " Historiques ou imaginaires, tous les héros d'Israël Zangwill sont pris entre Orient et Occident, tradition et modernité, fidélité et innovation, lettre et esprit. Devant des choix fondamentaux de vie, insertion dans un passé accepté, rejeté ou remodelé, ils font entendre leur voix. Ainsi, chacun des héros de ce livre cherche sa voie à sa manière et laisse sa trace. Chacun est un " rêveur de rêves ".

  • Au-delà de la simple narration d'événements dont les acteurs sont des enfants, Ivo Andrié aborde ici des thèmes qui lui sont chers : la culpabilité, la faute dont on se voit accusé à tort et qu'il faut malgré tout expier, l'éveil à la réalité du monde et du mal qui l'habite.
    L'innocent se trouve désemparé, angoissé devant la faute qu'il n'a pas commise, devant le mal qui l'agresse, devant la mort qui pèse sur lui de son écrasante présence et qui, en dernier ressort, apparaît comme l'unique issue d'une situation inextricable. Ivo Andrié (1892-1975), reconnu comme le plus célèbre écrivain yougoslave du XXe siècle, obtint le prix Nobel de littérature en 1961. En le lui remettant, Anders Osterling déclara " Une grande tendresse unit Ivo Andrié aux hommes, mais il ne recule pas devant la description de l'horreur et de la violence, ni devant ce qui, à ses yeux, apporte surtout la preuve de la réalité du mal dans la vie.
    Il ouvre, en quelque sorte, la chronique du monde à une page inconnue et s'adresse à nous du plus profond de l'âme tourmentée des peuples slaves du sud. "

  • Le theatre du peuple

    Romain Rolland

    • Complexe
    • 16 Février 2003

    Si tout le monde connaît le Romain Rolland romancier, auteur de Jean-Christophe et de L'Âme enchantée, le théoricien du théâtre est aujourd'hui injustement méconnu en dépit de sa vision novatrice, voire révolutionnaire, de la scène.
    Dans son essai Le Théâtre du Peuple, Romain Rolland étudie les expériences passées (de la Révolution française au théâtre de Bussang de Maurice Pottecher, premier théâtre du peuple) et fait une série de propositions pour fonder un véritable théâtre populaire " machine de guerre coutre une société caduque et vieillie [...]. Il s'agit de fonder un art nouveau pour un monde nouveau. " La force révolutionnaire de ce projet fait reculer le gouvernement qui s'était pourtant engagé à soutenir cette initiative.
    Dans la préface à cette édition de Chantal Meyer-Plantureux, on peut suivre, grâce aux extraits d'un petit carnet inédit intitulé Le Théâtre du Peuple à Paris 1899-1900, le combat politique de Romain Rolland pour imposer son idée. Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts procédera lui-même à l'enterrement de ce projet généreux et ambitieux. Le rôle précurseur de Romain Rolland fut oublié mais ses idées ont néanmoins irrigué et fécondé toutes les réalisations de théâtre populaire du XXe siècle.
    Le Théâtre du Peuple, cet essai fondateur, frappe par la justesse et la modernité des analyses de Romain Rolland.

  • Un soir un train

    Johan Daisne

    • Complexe
    • 16 Février 2003

    Le sommeil gagne un compartiment, un wagon, un train entier.
    Que signifie cet étrange phénomène ? Le narrateur se trouvera deux compagnons, un aîné et un cadet, pour vivre une aventure dont la dimension prendra, au-delà d'un symbolisme évident, un sens métaphysique. L'univers de Daisne est à double fond. En surface, la réalité quotidienne, banale, qu'il perçoit avec une fidélité scrupuleuse. Daisne a le regard sans faille du vrai romancier. Rien ne lui échappe, tout est consigné de ce que le monde offre en spectacle.
    Mais, justement, cette réalité immédiate n'est, pour Daisne, qu'un spectacle. Il y a, derrière tout cela, les coulisses, une réalité seconde, une machinerie dérobée au témoin distrait, une magie. Proche des romantiques allemands et des romanciers d'aventure anglais, admirateur sans réserve de Pierre Benoît, autour duquel il a construit un roman se déroulant pour une grande part dans le Pays basque, Johan Daisne, qui s'éteignit à Gand en 1978, appartenait à la lignée des conteurs purs, des princes de l'imaginaire.

  • Bouquet de coriandre

    Rachel Samoul

    Bouquet de coriandre est un recueil de treize nouvelles traversées par les mêmes personnages : le Président d'une petite communauté juive originaire d'Afrique du Nord, sa femme, ses enfants, ses petits-enfants, son gendre, ses amis.
    L'auteur nous entraîne de la salle à manger à la chambre à coucher, de la salle de bain à la cuisine, là où se jouent les enjeux des relations familiales.
    Les personnages sont les héros d'un quotidien ponctué par le temps des fêtes de l'année juive et celles du cycle de la vie. Nous sommes témoins des naissances, des mariages et des deuilsoe; nous entrons dans un monde où un gâteau manqué peut annuler un mariage, où se raser pour la première fois équivaut à couper le cordon ombilical, où écrire un discours peut devenir un acte métaphysique. Un regard intime et humoristique sur la famille du Président et sa communauté. Le ton est incisif mais toujours chaleureux.
    Bien que ces personnages, tous attachants, évoluent entre deux cultures, la tension entre tradition et modernité se résout toujours grâce à la tendresse qui les unit. Et c'est parfois au détour du parfum épicé d'un bouquet de coriandre que le matériel et le spirituel s'harmonisent.

  • Michael Pollak

    Collectif

    Connu du grand public pour un livre novateur, vienne 1900, paru en 1984, michael pollak, viennois installé en france en 1971 pour y faire son doctorat, fut ensuite chercheur au groupe de sociologie politique et morale (ehess) et à l'institut d'histoire du temps présent (cnrs), jusqu'à sa mort en juin 1992 à l'âge de 44 ans.
    Dans le sillage de pierre bourdieu puis de luc boltanski et laurent thévenot, il exerça en france et en allemagne une forte influence sur les sciences sociales, en sociologie d'abord, mais aussi en histoire, philosophie, littérature ou esthétique. ses travaux sur l'expérience concentrationnaire et la shoah, ceux sur le sida, mai 68 ou sur la politique scientifique sont encore au coeur de bien des recherches actuelles.
    Michael pollak a défini le concept d'" identité blessée " plaçant l'idée d'épreuve au centre de l'expérience sociale de l'individu. son oeuvre peut également se lire comme une sociologie des possibles. le travail de pollak se distingue par sa rigoureuse interdisciplinarité, sa capacité à penser sociologiquement les situations extrêmes ou encore l'historicité des phénomènes sociaux. ces analyses ont traversé de nombreuses recherches, faisant de michael pollak un des penseurs importants de notre temps.
    Ce volume, écrit par des spécialistes de sa pensée ou de champs qu'il a traversés, souligne la diversité de ses apports et leur fécondité. il illustre ses engagements, ainsi que les principales facettes de son itinéraire intellectuel. deux textes inédits de michael pollak complètent cet ouvrage d'hommages et d'études.

  • Dès sa première parution en 1980, long novembre de madride a été consacrée comme une des oeuvres majeures de la littérature inspirée par la guerre civile espagnole.
    Juan eduardo zuniga s'éloigne volontairement de la représentation épique, de l'explication ou de l'analyse historique et politique de la bataille de madrid, tout en se gardant bien d'ôter à celle-ci la valeur emblématique qui s'est gravée dans les mémoires. au fil d'une patiente remontée des souvenirs, zuniga restitue les sentiments profonds et les élans ambigus qui ont vrillé des hommes et des femmes engloutis par ce qui, à défaut d'être déjà l'histoire, constituait néanmoins le destin : une ville assiégée et bombardée oú l'urgence de la survie catalyse des réflexes d'égoïsme ou d'héroïsme, de confusion ou de lucidité.

    Les seize récits de ce livre dévoilent les replis dela vie quotidienne dans la ville encerclée : les liens familiaux, une rencontre amoureuse, la peur de la dépossession,la trahison, la quête de loisirs furtifs au coeur même du combat, la prostitution, la faim et le rationnement, la cupidité, les rêves éveillés aux premières lignes, et, à mesure que la fin approche, le ralliement des dernières loyautés, le suicide, la mort.

    Au cours du xxe siècle qui s'achève, de grandes villes d'europe ont souffert d'un long siège. si les historiens se sont chargés d'en rappeler les faits, un écrivain sauve ici de l'oubli ce qui est probablement l'essentiel : l'intimité tragique entre une ville et ses habitants.

  • Soledad Puértolas a choisi le ton de l'intimité.
    Fuyant la littérature à effets, d'une voix calme et apaisante où transparaissent les hésitations, elle raconte des histoires. Fresques historiques ou récits policiers, tous ses textes parlent de l'expérience intérieure, en particulier des ces instants de crise où le personnage se découvre lui-même, au risque d'être profondément perturbé. Pour Puértolas, peu importe en réalité le biais littéraire utilisé : l'important est d'amener le lecteur à éprouver ce malaise d'être au monde, cette sorte de " mal moral " (Una enfermedad moral est le titre original du recueil) qui la fascine parce qu'il peut, miraculeusement, déboucher sur les plus belles découvertes.
    Au-delà de la frémissante mélancolie dont ces récits sont empreints, on retiendra leur qualité narrative, transparente, précise et absolument moderne dans son sens de l'ellipse et de l'ambiguïté.

  • " Que l'imbécillité des Riches, qui digère, et l'imbécillité des Pauvres, qui bâille, cessent d'exister.
    Quant aux saltimbanques du patriotisme, de la fraude, de l'ignorance galeuse et de la trahison, quant aux cabotins du libéralisme à menottes et aux figurants de l'honnêteté à doigts crochus, quant à toutes les fripouilles qui chantent l'honneur, la vertu, les grands sentiments et les grands principes, il est simplement monstrueux qu'ils aient l'audace d'élever la voix. Il faut qu'ils soient bien convaincus, vraiment, que l'échine des Français est faite spécialement pour leurs goupillons, religieux ou laïques, toujours emmanchés d'une trique ; il faut qu'ils soient bien persuadés qu'on ne rendra jamais son véritable caractère à la frauduleuse légende révolutionnaire derrière laquelle ils s'embusquent : il faut qu'ils aient une foi profonde dans l'éternel aveuglement du peuple pour venir, après tous les désastres qu'ils ont essuyés, agiter leur drapeau de vaincus et se poser en sauveurs ; pour oser parler à la France de son avenir et de sa mission.
    "

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