Fabrique

  • Patricia Sorel est maître de conférences en histoire à l'Université Paris Nanterre et membre du Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). Spécialiste d'histoire du livre, elle a notamment publié La Révolution du livre en Bretagne, 1780-1830 (PUR, 2004), Plon : le sens de l'histoire, 1833-1962 (PUR, 2016), Napoléon et le livre. La censure sous le Consulat et le Premier Empire (1799-1815) (PUR, 2020) et a codirigé l'Histoire de la librairie française (éd. du Cercle de la Librairie, 2008).

  • En quarante-huit courts chapitres, Nathalie Quintane fait le tour d'une vie d'élève, puis d'enseignante, la sienne, en s'attachant aussi bien aux objets (l'estrade, la trousse...) qu'à l'institution (ses concours, son personnel)...
    Et à ses « mutations », insidieuses ou à marche forcée.

  • Maintenant

    Comité Invisible

    Maintenant fait suite à À nos amis, paru en 2014 et peut se lire comme un chapitre fantôme du précédent volume, issu de sa rencontre avec l'actualité française récente. C'est donc un texte court, un texte d'intervention, un texte que le Comité Invisible s'est vu en quelque sorte « commander » par la situation, en l'espèce par le mouvement qui s'est levé à l'occasion de la loi « travaille ! ». Centralité du blocage, détestation sans appel de la police, expérience et lassitude des AGs, retour du thème de la « commune », dépassement de l'opposition entre radicaux et citoyens, cortèges entiers entonnant « nous sommes tous des casseurs », dérision de la politique classique :
    Ce mouvement a confirmé point par point chacune des intuitions, chacun des constats, chacune des conjectures d'À nos amis. Il n'y a qu'un thème du précédent volume qui ne se soit pas explicitement imposé, et c'est celui de la destitution. Destituer le pouvoir en place, c'était pourtant bien l'objet réel de ce mouvement qui consistait essentiellement l'idée d'une révolution destituante. Où il est moins question d'assaut que de désertion, de clameur que de silence, de palais qui brûlent que de forces qui s'agrègent, de positionnement politique que de profondeur existentielle. « Nous avons besoin de formes et de sensibilité, non d'institutions », dit le Comité Invisible dans ce texte qui doit être considéré comme une intervention dans les débats les plus brûlants de cette année d'élection présidentielle.
    Faut-il lancer un nouveau processus constituant ou construire une puissance destituante ?
    Y a-t-il encore un pouvoir à prendre ou n'y a-t-il pas plutôt une désertion à organiser ? Est-ce d'une nouvelle politique que nous avons besoin, ou de nouvelles formes de vie ? C'est ce débat, entamé en janvier 2016 par une tribune d'Éric Hazan et Julien Coupat intitulée « Pour un processus destituant », que le Comité Invisible tente ici de trancher. Un débat où l'on trouve d'un côté Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy et Mario Tronti, et de l'autre, quoi que sur un plan moins fondamental, Frédéric Lordon, Antonio Negri et l'ensemble des composantes « indignées » de la gauche. À l'issue de son nouvel opuscule, le Comité Invisible en arrive à charger le terme apparemment négatif de « destitution » de toute sa charge affirmative. Il n'y aura pas de renversement de l'ordre existant qui ne passe par l'affirmation d'une façon de vivre enfin désirable. L'aspect négatif, destructeur du processus révolutionnaire est impuissant sans la charge de silencieuse positivité que porte toute existence heureuse.
    à empêcher un gouvernement de gouverner à sa guise, au travers d'une loi hautement symbolique. On a coutume de se représenter la révolution comme ce moment d'assaut au pouvoir politique suivi de l'instauration d'une nouvelle constitution, de nouvelles institutions. Dans un style alerte, plus proche de L'insurrection qui vient que d'À nos amis, le Comité Invisible montre ici que l'on ne peut rien comprendre à ce qui s'est passé de décisif dans le mouvement contre la loi « travaille ! », comme à ses ramifications futures, si l'on n'adopte pas une autre idée de la révolution,

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  • Sans doute faut-il préciser l'objet qui donne son titre à ce livre. Le temps du paysage ici considéré n'est pas celui où l'on a commencé à décrire dans des poèmes ou à représenter sur des murs des jardins fleuris, de sombres forêts, des montagnes majestueuses, des lacs paisibles ou des mers agitées. Il n'est pas non plus celui de la naissance et des transformations de ce mot ou de ses équivalents dans d'autres langues. Il est celui où le paysage s'est imposé comme un objet de pensée spécifique. Cet objet de pensée s'est constitué à travers des querelles concrètes sur l'aménagement des jardins, des descriptions minutieuses de parcs ornés de temples à l'antique ou d'humbles sentiers forestiers, des récits de voyages à travers lacs et montagnes solitaires ou des évocations de peintures mythologiques ou rustiques. Et ce livre en suivra les détours. Mais ce qui se forme à travers ces récits et ces querelles, ce n'est pas simplement le goût pour un spectacle qui charme les yeux ou élève l'âme. C'est l'expérience d'une forme d'unité de la diversité sensible propre à modifier la configuration existante des objets de pensée et des notions propres à les penser. Le temps du paysage est celui où l'harmonie ou la dysharmonie présentée par les jardins aménagés ou par la nature sauvage contribue à bouleverser les critères du beau et le sens même du mot art. Ce bouleversement en implique un autre qui affecte le sens d'une notion fondamentale, dans l'usage commun comme dans la réflexion philosophique, celle de nature. Or on ne touche pas à la nature sans toucher à la société qui est censée obéir à ses lois. Et le temps du paysage est aussi celui où une certaine harmonie du spectacle des champs, des forêts ou des cours d'eau s'avère propre à métaphoriser l'ordre qui convient aux sociétés humaines.

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  • à nos amis

    Comité Invisible

    • Fabrique
    • 21 Octobre 2014

    En 2007, nous publiions L'insurrection qui vient. Un livre qu'on a aujourd'hui fini d'associer à « l'affaire Tarnac », en oubliant qu'il était déjà un succès en librairie avant que les médias et la ministre de l'intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie, ne s'en emparent en 2008, garantissant pour de bon sa promotion à grand échelle.
    Car il ne suffit pas qu'il soit versé dans son intégralité à un dossier d'instruction antiterroriste pour qu'un livre se vende, encore faut-il que les vérités qu'il articule touchent les lecteurs par une certaine justesse. Or il faut bien admettre que nombre des affirmations du Comité Invisible se sont vues confirmées depuis, en commençant par la première et la plus essentielle : le retour fracassant du fait insurrectionnel. Depuis 2008, il ne se passe pas un trimestre sans qu'une révolte de masse ou un soulèvement menant à la destitution du pouvoir en place ne viennent mettre à mal nos illusions sur la stabilité de ce monde. Qui aurait parié un kopeck, il y a sept ans, sur le renversement de Ben Ali ou de Moubarak par la rue, sur le soulèvement de la jeunesse au Québec, sur le réveil politique du Brésil, sur des incendies à la française dans les banlieues anglaises ou suédoises, sur la constitution d'une commune insurrectionnelle en plein coeur d'Istanbul, sur un mouvement d'occupation des places aux États- Unis ou sur une révolte comme celle qui s'est étendue à tout le territoire grec en décembre 2008 ?
    Si ce fut la suite des événements qui conféra son caractère subversif à L'insurrection qui vient, c'est l'intensité du présent qui fait d'À nos amis un texte éminemment plus scandaleux. On ne peut se contenter de célébrer l'onde insurrectionnelle qui parcourt présentement le monde, tout en se félicitant de l'avoir senti poindre avant les autres, sans s'étendre sur le caractère composite, et parfois franchement équivoque, de certains soulèvements. Ce dont il s'agit aujourd'hui pour le Comité Invisible, c'est plutôt cerner et prendre à bras le corps les difficultés, les impasses et les embûches que rencontre ce mouvement mondial qui n'a pas de nom, mais qui fait tout trembler. Comment faire pour que les insurrections ne s'étranglent pas au stade l'émeute ? Quelles sont les stratégies adverses et les moyens de les déjouer ? Sommes-nous bien sûrs d'avoir saisi le type de gouvernementalité qui nous fait face ? Quelle part de la tradition révolutionnaire faut-il laisser derrière nous pour pouvoir à nouveau envisager une victoire ? Et d'ailleurs, en quoi consisterait une « victoire » ?
    Durant les sept années qui séparent L'insurrection qui vient d'À nos amis, les agents du Comité Invisible ont continué de lutter, de s'organiser, de se porter aux quatre coins du monde là où il s'embrasait, de débattre avec des camarades de toute tendance et de tout pays. À nos amis est ainsi écrit au ras de ce mouvement général, au ras de l'expérience. Ses mots émanent du coeur des troubles et s'adressent à tous ceux qui croient encore suffisamment en la vie pour se battre.
    À nos amis se veut un rapport sur l'état du monde et du mouvement, un écrit essentiellement stratégique et ouvertement partisan. Son ambition politique est démesurée : produire une intelligibilité partagée de l'époque, en dépit de l'extrême confusion du présent.
    À cette fin, sa sortie est organisée simultanément, sous différents formats, sur quatre continents et en sept langues.

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  • Baudelaire et l'expérience du gouffre Nouv.

    Comment mieux définir l'auteur des Petits poèmes en prose ou de Mon coeur mis à nu, de celui qui disait que « le principe de la poésie est dans un enthousiasme, un enlèvement de l'âme » ? Un étonnant portrait, souvent contraire aux idées reçues, d'un calme étonnant quand on sait qu'il est écrit au seuil de la mort.
    La raison principale de cette réédition est l'accessibilité du texte. En effet, la dernière édition de Baudelaire et l'expérience du gouffre, préfacée par Patrice Beray, parue aux Éditions Complexe en 1994, est épuisée.
    Nous espérons qu'en rééditant cet ouvrage, ce texte essentiel suscitera de nouvelles lectures, de nouveaux travaux.

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  • Les études réunies dans ce volume constituent la première exploration systématique de la question du temps par Jacques Rancière.
    Dans le retour des pensées critiques d'aujourd'hui, l'interrogation sur le temps est une figure constante, que l'on songe à la notion d'« événement » ou aux débats inusables sur la modernité et la postmodernité.
    Le temps est aussi un problème qui a accompagné toute l'oeuvre de Rancière, à travers le temps arraché par les ouvriers de La Nuit des prolétaires, les nouvelles figures du temps inaugurées par la modernité littéraire, ou encore les politiques de l'image dans les cinémas de Bresson ou Straub.

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  • La question coloniale est interrogée avec une particulière insistance aujourd'hui en raison du retour des manifestations violentes du racisme et des diverses figures de l'exclusion. La décolonisation, loin de se réduire aux combats pour l'indépendance et à l'accès à l'autonomie des anciennes colonies, pose un problème très actuel qui s'étend aux territoires réels et imaginaires des colonisés mais surtout des colonisateurs eux-mêmes. L'abolition de l'esclavage n'a toujours pas mis fin aux haines, aux asservissements et aux crimes. C'est la cruelle vitalité d'une colonisation de l'imaginaire lui-même qui semble rester gravée dans la chair des victimes mais aussi de leurs bourreaux. La lecture d'une fiction visionnaire, La Colonie Pénitentiaire de Kafka a ouvert le chemin d'une interrogation générale sur la relation de la machine qui soumet, qui torture et qui tue avec les stratégies de toute domination. Cette lecture a accompagné tout au long de ma réflexion le cheminement biographique et historique à travers les signes de cette colonisation charnelle et passionnelle de l'imaginaire lui-même. Il s'agit d'analyser à travers un certain nombre de témoignages, de textes et d'images le lien puissant, violent et toujours actif qui noue le colonialisme au capitalisme au coeur actuel d'un impérialisme mondialisé. Cependant cette courte méditation cherche aussi à reconnaître la puissance émancipatrice de l'écriture fictionnelle et d'une façon générale la place des gestes créatifs dans l'expérience de la liberté et de la joie qu'elle donne. J'ai donc essayé dans le même mouvement, toujours accompagnée par Kafka, d'envisager les conditions présentes de possibilité d'une décolonisation de l'imaginaire qui seule est en mesure de faire opérer contre l'oppression du réel les énergies transformatrices et les gestes révolutionnaires.

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  • Comment lutter contre les diverses formes d'oppression et sortir d'une logique défaitiste ? Jacques Rancière rappelle que l'idée de révolution moderne, réactualisée à chaque insurrection, s'inscrit dans une redéfinition sensible des rapports sociaux. La radicalité du mouvement des places tient finalement dans sa capacité à créer et consolider « des formes de dissidence subjective et des formes d'organisation de vie à l'écart du monde dominant ».

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  • Balzac, Paris

    Eric Hazan

    • Fabrique
    • 23 Janvier 2018

    Pourquoi Paris, pourquoi pas la constellation provinciale, Issoudun et Guérande, Saumur et Fougères, Besançon et Sancerre ? C'est que Paris est à la fois l'épicentre de la Comédie humaine et "une fille, une amie, une épouse" pour Balzac. Le livre mêle d'ailleurs ces deux aspects : en même temps qu'on voit se déployer la ville de Ferragus, de Diane de Maufrigneuse, de De Marsay et de Rastignac, on suit l'existence de Balzac dans Paris, ses déménagements sous la pression des créanciers, ses démêlés avec ses éditeurs, ses malheurs au théâtre, ses journaux, ses courses dans les rues entre ses imprimeurs, ses marchands de café et ses nombreux amis.
    Il est par moments comme fondu dans la foule de ses personnages, ducs et pairs, actrices, espions, journalistes, poètes et banquiers. Réaliste, Balzac ? "J'ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m'avait toujours semblé que son principal mérite était d'être visionnaire, et visionnaire passionné. Tous ses personnages sont doués de l'ardeur vitale dont il était animé lui-même.
    Toutes ses fictions sont aussi profondément colorées que les rêves", c'est Baudelaire qui le dit, et c'est aussi ce qui ressort de ce livre, exploration de la cathédrale balzacienne et quête sur son architecte.

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  • L'actualité la plus récente a donné à voir une fracture au sein de la gauche et des forces d'émancipation : on parle d'un côté des « no border », accusés d'angélisme face à la « pression migratoire », et d'un autre côté il y a les « souverainistes », attachés aux frontières et partisans d'une « gestion humaine des flux migratoires ». Ce débat se résume bien souvent à des principes humanistes d'une part (avec pour argument qu'il n'y a pas de crise migratoire mais une crise de l'accueil des migrants) opposés à un principe de « réalité » (qui se prévaut d'une légitimité soi-disant « populaire », selon laquelle l'accueil ne peut que détériorer le niveau de vie, les salaires, les lieux de vie des habitants du pays).

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  • L'idéologie dominante nous enjoint de tolérer l'autre.
    Il est question dans ce livre de divers autres, de groupes opprimés et stigmatisés, les femmes, les homos, les arabes, les noirs. leurs modes d'oppression ont un point commun: leur statut inférieur s'explique par leur altérité. s'ils sont là oú ils sont - en bas - c'est parce qu'ils sont différents. l'injonction humaniste à les tolérer émane des uns, ceux qui ont le pouvoir de nommer, de classer, d'envoyer des groupes entiers dans une catégorie idéologique et matérielle, celle qui englobe tous les autres.
    La révolte des autres est tenue pour une menace contre l'universel que les uns - les hommes blancs hétérosexuels - prétendent incarner, en fondant par là leur pouvoir: l'opprimé n'est tolérable que s'il sait se montrer discret. parité, combats des féministes et des homosexuels, afghanistan, guantanamo, loi sur le voile, indigènes dans la société postcoloniale: autant de marqueurs de la domination, que ce livre décrypte à rebrousse-poil des interprétations convenues.

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  • Prenons trois monuments : Proust, Baudelaire, Nerval. Et prenons, dans ces trois monuments, le plus parfaitement monumental et délicat, le plus usé par les baisers désormais séculaires de ses admirateurs : Marcel Proust.
    Essayons de comprendre comment cette admiration, sous couvert de nous donner Proust, et de nous le donner mieux (à goûter, à apprécier), dans un même mouvement nous le retire, nous en prive.
    Voyons comment et pourquoi Proust, en son temps, dans Contre Sainte-Beuve, régla violemment leur compte à ceux qui désamorçaient Baudelaire et Nerval, en les qualifiant de poètes « bonhommes », « charmants », et « bien français ».
    Voyons comment et pourquoi ils ne le furent pas.
    Voyons en quoi l'excitation sensible en littérature (écrite, lue) n'est pas séparable d'une excitation politique, et comment s'y fabriquent in vivo des biens symboliques inaliénables, sans cesse inventés, des gestes en continuité et en écho avec nos expériences quotidiennes.
    En s'appuyant sur une lecture précise des chapitres que Proust a consacrés à Baudelaire et Nerval et à leur réception, ainsi que sur l'oeuvre de ces deux poètes, Ultra-Proust entend enthousiasmer la littérature, et nous la rendre comme équipée pour aujourd'hui.

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  • à travers les lignes

    Eric Hazan

    La situation du Livre, l'islam en France, Paris, l'histoire révolutionnaire du xixe siècle, Israël, Nuit debout : pendant les quinze dernières années, Hazan a écrit sur ces sujets et sur d'autres, dans les médias les plus divers depuis Le Monde jusqu'au site Lundi matin. Classé par ordre chronologique, cet empilement peut produire un effet kaléidoscopique dont le sens serait comme émietté. Mais il peut aussi montrer ce que donne le passage du temps sur des points qui restent actuels au fil des années. Il témoigne en tout cas d'une certaine obstination, d'une position constamment animée par le souci de subvertir « nos valeurs » et les fondements de l'ordre établi.

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  • Depuis la publication en 1982-1986 d'une imposante Histoire de l'édition française en quatre gros volumes, de multiples travaux ont vu le jour qui modifient singulièrement les perspectives développées voici plus de trente ans par les pionniers de cette histoire. Jean-Yves Mollier, historien du livre, de l'édition et de la lecture, en France et dans le monde, propose ici de revisiter ce chantier en insistant sur ce que signifie l'acte d'éditer. En promenant le lecteur du xiiie siècle à nos jours, en lui faisant sentir le grain du manuscrit calligraphié sur parchemin puis l'odeur de l'encre qui sort des imprimeries, il pose la question d'une survie de l'édition à l'époque de la lecture sur écran. Sans rien négliger des apports de l'histoire économique, car le livre est aussi une marchandise produite dans des conditions déterminées par l'état du marché, Jean-Yves Mollier s'intéresse à l'histoire politique comme à l'histoire religieuse, à ce ferment que constitue le livre quand il est brandi comme une arme destinée à changer le monde.
    Replaçant l'histoire littéraire à sa juste place mais sans négliger l'édition scolaire, juridique, scientifique, militante, édifiante ou de jeunesse, il situe son point de vue dans une perspective d'histoire culturelle, privilégiant les représentations des lecteurs et leur imaginaire.
    Conçu comme un livre de poche, découpé en une quinzaine de chapitres courts (vingt pages), cet essai est à la fois une synthèse qui rend compte de la diversité des recherches menées en France et à l'étranger et un essai très personnel qui résume trente ans de travaux consacrés au monde du livre. De L'Argent et les Lettres.
    Histoire du capitalisme d'édition en 1988, à Édition, presse et pouvoir en France au xxe siècle en 2008, ces deux livres ayant été traduits en plusieurs langues, Jean-Yves Mollier n'a cessé de s'interroger sur la spécificité du monde du livre et à ses acteurs. Auteur de biographies consacrées aux frères Michel et Calmann Lévy, à Louis Hachette et à Pierre Larousse, il a également publié une histoire de la censure en France aux xixe et xxe siècles qui résume son engagement au service d'une histoire problème, jamais satisfaite des demi-vérités ou des légendes qui l'encombrent.

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  • La théorie du bloom

    Tiqqun

    Lettre à l'éditeur,
    Contre toute apparence, il ne s'agit pas d'un livre, mais d'un virus éditorial.
    Le Livre, en tant qu'il se tenait face à son lecteur dans la même feinte complétude, dans la même suffisance close que le Sujet classique devant ses semblables, est, non moins que la figure classique de l'"Homme", une forme morte.
    La fin d'une institution s'éprouve toujours dans la fin d'une illusion. Et c'est aussi bien le contenu de vérité en vertu duquel cette chose passée est déterminée comme mensonge qui apparaît alors. Que, par delà leur caractère de clôture, les grand livres n'aient jamais cessé d'être ceux qui parvenaient à créer une communauté ; qu'en d'autres termes, le Livre ait toujours eu son existence hors de soi, voilà qui ne fut admis qu'à une date somme toute assez récente. Il paraît même que camperait encore quelque part sur la rive gauche de la Seine une certaine tribu, une communauté du Livre, qui trouve dans cette doctrine tous les éléments d'une hérésie.
    Tu es bien placé pour constater que la fin du Livre ne signifie pas sa brutale disparition de la circulation sociale, mais au contraire son absolue prolifération. Le foisonnemenrt quantitatif du Livre n'est qu'un aspect de sa présente vocation au néant, tout comme sa consommation balnéaire et le pilon, qui en sont deux autres.
    Dans cette phase, il y a donc certes encore des livres, mais ils ne sont plus là que pour abriter l'action corrosive de VIRUS éDITORIAUX. Le virus éditorial expose le principe d'incomplétude, l'insuffisance fondamentale qui est à la base de l'objet publié. Il se cale par les mentions les plus explicites, par les indications les plus grossièrementr pratiques -adresse, contact, etc-, dans la perspective de réaliser la communauté qui lui manque, la communauté encore virtuelle de ses lecteurs véritables. Il se place en un coup, le lecteur dans une position telle que son portrait ne soit plus tenable, telle du moins que son retrait ne peut plus être neutre. C'est dans ce sens-là que nous efflanquerons, aiguiserons, préciseront la Théorie du Bloom.

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  • Les années 10

    Nathalie Quintane

    • Fabrique
    • 14 Novembre 2014

    Les années 10 regroupe une série de textes écrits entre novembre 2013 et juin 2014. Le livre part d'une visite pré-électorale de Marine le Pen dans une ville de province et s'achève sur une question : pourquoi l'extrême gauche semble-t-elle préférer les essais à la littérature ?
    En usant de genres, d'outils et d'opérations propres à la littérature, la plupart des textes tentent de revenir sur ce qu'on entend par « peuple », réexaminent les façons de ceux qui, n'étant pas ou plus du peuple, voient, désirent, fantasment, sabordent, ruinent, suppriment le, ou un « peuple ». Au-delà de « s'appuyer sur une expérience personnelle », chaque texte entend produire comme expérience l'analyse de ce que c'est que « peuple » quand on dit bâtir pour lui, qu'on le façonne en personnages, qu'on en fait la critique nécessaire, qu'on espère s'y noyer ou s'en éloigner, pour mieux, pense-t-on, le voir, le cerner, le comprendre, en revenir et y revenir.
    Ce qui peut apparaître comme une recherche en direct, progressive, - dont l'humour n'est pas absent - est une possible ressource pour que nos assertions acceptent d'être indécises et sans cesse revues. C'est à ce travail continu, ouvert, sérieux sans être grave, qu'invite Les années 10.

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  • « Il n'y a pas de livre là-dedans ; il n'y a pas cette chose, cette création, cette oeuvre d'art d'un livre, organisé et développé, et marchant à son dénouement par des voies qui sont le secret et le génie de l'auteur ». C'est ainsi qu'un critique français, en 1869, juge L'Education sentimentale. On prendra ici la critique au sérieux : les fictions emblématiques de la modernité littéraire sont d'abord apparues comme la négation de ce qui faisait depuis Aristote le principe même de la fiction :
    La construction d'un enchaînement d'actions selon la nécessité ou la vraisemblance.
    « Le livre où il n'y a pas de livre », cette révolution dans la fiction témoigne d'un bouleversement qui remet en cause l'excellence de la forme de vie d'une catégorie privilégiée d'humains.
    Elle atteste la possibilité pour n'importe qui de vivre n'importe quelle forme de vie.
    À travers quelques exemples significatifs empruntés à Flaubert, Conrad, Virginia Woolf, Keats, Baudelaire ou Büchner, le livre montre comment cette révolution se traduit dans les formes de la fiction, quels problèmes elle pose à son achèvement et comment la démocratie qu'elle institue se rapproche ou se sépare de celle qui est en jeu dans la politique et dans la société.

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  • Le philosophe plébéien

    Gabriel Gauny

    • Fabrique
    • 18 Novembre 2017

    Né à Paris en 1806, mort en 1889, Louis Gabriel Gauny était menuisier et philosophe. Ses écrits constituent un précieux témoignage de la condition ouvrière et des luttes pour l'émancipation à l'avènement du capitalisme industriel.
    Jacques Rancière, qui a dépouillé ses archives à Saint-Denis, restitue l'expérience au jour le jour de ce philosophe plébéien. Voici ce qu'il écrivait de lui en 2009 :
    « Vous faites allusion au menuisier Gauny. Il nous a laissé des manuscrits assez extraordinaires - correspondances, articles, poèmes :
    Pas de «Mémoires d'enfant du peuple», mais l'expérience au présent d'une interrogation proprement philosophique : comment peut-on être ouvrier ?
    Il nous décrit, heure par heure, sa journée de travail. Et il n'y est pas question de la belle ouvrage des nostalgiques, pas non plus de la plus-value, mais de la réalité fondamentale du travail prolétaire : le temps volé. Et nous ressentons que nos mots - exploitation, conscience, révolte... - sont toujours à côté de l'expérience de cette vie «saccagée».
    Il entreprend de se libérer : pour lui et pour les autres, car nos oppositions sont là aussi dérisoires : les «chaînes de l'esclavage» doivent être rompues par des individus déjà libérés. Il prend un travail de parqueteur à la tâche, où il se libère du maître tout en restant et en se sachant exploité : et il nous montre que nous, philosophes, n'avons rien compris aux rapports de l'illusion et du savoir, de la liberté et de la nécessité.
    Il va au bout du paradoxe. Il se forge une philosophie de l'ascèse. Quand les ouvriers n'ont à peu près rien à consommer, il récuse la société de consommation. Il invente une économie de la liberté à la place d'une économie des richesses.
    Il nous montre le nerf de la passion politique de ses pairs : pas la «prise de conscience» de l'exploitation (ils le savaient d'avance), pas la solidarité ouvrière (les autres sont d'abord les complices du maître), mais le désir de voir ce qui se passe de l'autre côté, d'être initié à une autre vie. Ils envient aux bourgeois non pas la positivité de leurs richesses mais la négativité de leurs «temps morts», de leur loisir, de leur nuit. À l'origine du discours de l'émancipation ouvrière, il y a le désir de ne plus être ouvrier :
    Ne plus abîmer ses mains et son âme, mais aussi ne plus avoir à demander ouvrage ou salaire, à défendre des intérêts ; ne plus compter le jour, ne plus dormir la nuit...
    Celui-là a la force de vivre son rêve, sa contradiction : être ouvrier sans l'être. »

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  • Baudelaire

    Walter Benjamin

    • Fabrique
    • 21 Octobre 2013

    Ce livre bouleverse la vision habituelle du travail de Walter Benjamin dans les fertiles et tragiques années de la fin de sa vie.
    On savait qu'il était en relations constantes avec Adorno et Horkheimer, pour la préparation d'un grand livre, Paris, capitale du xixe siècle. L'exposé qu'il envoie à ses amis pour présenter le projet comporte certes une section sur Baudelaire, mais ce n'est alors qu'un chapitre parmi d'autres.
    Entre 1933 et 1936, la partie Baudelaire devient «une sorte de modèle miniature du livre» tout entier - puis un vrai livre, autonome, qui finit par totalement disloquer le projet initial.
    Or voilà qu'en 1981, Giorgio Agamben découvre dans un placard de la Bibliothèque nationale un vaste ensemble de manuscrits que Walter Benjamin avait confiés à Georges Bataille avant de partir vers le Sud en 1940.
    Dans ces manuscrits se trouve précisé leplan que Benjamin prévoyait de donner à son livre sur Baudelaire - plus beaucoup d'inédits qui permettent de se faire une idée précise de ce que devait être ce livre.
    L'ouvrage présenté est construit d'après le plan de Benjamin. C'està- dire que les nombreux textes de Benjamin sur Baudelaire (comme ceux que l'on trouve dans le Livre des Passages, dans « Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme » ou encore dans « Quelques thèmes baudelairiens »...) reprennent une cohérence et un sens qu'on ne leur avait jamais accordés. Les inédits complètent et explicitent l'oeuvre tout entière.
    La totalité des textes de WB sur Baudelaire ont été traduits pour la présente édition, par les soins de Patrick Charbonneau, grand traducteur, en particulier de l'oeuvre de W.G. Sebald.
    « Dans la mesure où il permet de suivre dans toutes ses phases le processus de sa genèse et de son développement, le livre sur Baudelaire fait mentir la légende d'un Benjamin ésotérique et présente au contraire le modèle d'une écriture matérialiste telle que Benjamin l'appelait de ses voeux » écrit Agamben dans son Introduction. Un livre indispensable pour tous les amis de Walter Benjamin.

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  • Daniel Guérin est une figure atypique, iconoclaste, tant son parcours cristallise toutes les facettes des courants révolutionnaires et émancipateurs du xxe siècle (il naît en 1904 et meurt en 1988). Du Front populaire à mai 1968, Guérin a été le témoin des grandes séquences insurrectionnelles en France.
    Proche du trotskisme puis figure emblématique du communisme libertaire, il a toute sa vie été un antistalinien convaincu. Sa traversée du siècle l'a mis au premier plan des luttes anticolonialistes et il s'avère être aussi un pionnier du mouvement de libération sexuelle des années 1970 (il publie dès 1954 Kinsey et la sexualité, qui dénonce la répression de l'homosexualité et participe aussi bien d'Arcadie que du FHAR). Guérin est une des rares figures transversale, qui fait écho à toutes les traditions des gauches intellectuelles et critiques d'aujourd'hui.
    Il a été de tous les combats, et surtout à la pointe de tous les combats - si bien que les thématiques portées par cette autobiographie de jeunesse sonnent aujourd'hui de manière très actuelle. Une thématique forte qui reste le fil conducteur de son récit traduit un noeud des débats contemporains : l'imbrication entre l'exploitation capitaliste, le racisme et les oppressions sexuelles.

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  • L'argument est le suivant : ce qui se passe autour des Roms n'est pas l'éternel retour d'une haine du nomade (les Roms bougent surtout parce qu'ils sont chassés.), ce n'est pas identique à ce qui se passe autour des immigrés extra-européens (précisément parce qu'ils sont européens), ce n'est pas non plus la simple répétition de ce qu'on a connu sous Sarkozy (et si c'est pire, c'est que les mesures transitoires touchent à leur fin).
    Il s'agit ici de race - et non pas simplement de racisme. En effet, parce que les Roms sont (quasi) européens, ils ne peuvent (plus) faire l'objet de discriminations légales. Pour autant, il n'est pas question de les intégrer. En pratique, se met en place aujourd'hui ce qu'on peut appeler « auto-expulsion : on rend la vie impossible aux Roms pour les dissuader de rester ou de venir.
    Pour justifier la discrimination, il faut supposer, a priori ou a posteriori, une différence radicale - qui seule autorise ce traitement inhumain. C'est en cela qu'il faut bien parler de race. Il n'est donc pas étonnant qu'on retrouve un discours sur la « culture » qui est la forme moderne de la « race » : les Roms sont de nature différente (« ils n'ont pas vocation à rester en France », « ils ont vocation à rentrer dans leur pays » - Manuel Valls).
    Ce qui est frappant, c'est qu'on ne trouve pas ici de justifications « démocratiques », comme c'est le cas pour l'immigration et l'islam (au nom de l'égalité entre les sexes, ou de la laïcité, ou encore parce qu'à la différence de « nous », « eux » seraient homophobes ou antisémites, autrement dit, antidémocratiques). Le racisme à l'encontre des Roms n'a pas à être justifié :
    La différence radicale s'impose comme une évidence.
    Comment fonder une politique de la race, que les principes de la France et de l'Europe interdisent ? En la dépolitisant. La dépolitisation passe par un double déplacement : d'une part, un transfert de l'État aux autorités locales - une municipalisation ; la politique d'État se donne ainsi comme une simple réponse à la demande locale ; d'autre part, en même temps, les autorités municipales revendiquent pareillement de ne pas faire de politique - elles s'abritent derrière une demande populaire : les riverains.
    Il importe ici d'éviter toute équivoque : il ne s'agit pas de valider ce populisme, mais de montrer comment il s'autorise du peuple. Le riverain n'est pas une catégorie sociologique. C'est une catégorie produite politiquement. Toutefois, elle peut devenir réelle : le riverain, avec l'aide des autorités locales, peut mener des pogroms.
    Reste une question : si le racisme n'est pas la cause, mais l'effet de la politique (autrement dit, si l'on inverse la logique du populisme), pourquoi nos politiques, en particulier de gauche aujourd'hui, réinventent-ils la race - alors même qu'ils se veulent antiracistes ? L'hypothèse ( banale mais fondée), c'est que le racisme d'Etat (ou sa version municipalisée) est l'envers logique, voire nécessaire, du ralliement de la gauche aux politiques néolibérales.

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  • Ce livre, écrit par un travailleur du sexe, explique pourquoi celles et ceux qui exercent ce métier veulent être considérer comme les autres travailleurs, avec les mêmes droits, sans subir ni compassion niaise ni pression policière les poussant à des marges toujours plus lointaines et dangereuses. La première partie concerne la stigmatisation et la discrimination actuelles et les moyens d'y faire face : en imposant l'expression travailleur(se) du sexe, largement accepté en dehors de la France à la place de prostitué(e)/prostitution, en luttant contre les lois pénalisantes (racolage, etc.) qui font des travailleurs du sexe une population marginale et en s'opposant au contrôle via les mesures sanitaires et sociales et au pouvoir renforcé des associations abolitionnistes comme moyen de contrôle policier. La seconde partie porte sur les positions surplombantes du féminisme, qui fut pendant un temps l'allié des travailleurs du sexe et rappelle également leurs luttes passées gommées par l'histoire alors que les travailleurs (ses) du sexe ont largement participé à la libération de la femme. L'ensemble de cette partie remet en question les termes du débat que sont l'abolitionnisme, le prohibitionnisme et le réglementarisme. La troisième partie porte sur le développement des luttes actuelles pour une réelle émancipation et auto-organisation notamment par le biais du STRASS, syndicat du travail sexuel.

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