Parangon

  • Le Sphinx des glaces

    Jules Verne

    Jeorling attend avec impatience la goélette l'Halbrane dont on lui a vanté les qualités et surtout celles du capitaine, Len Guy. Il a en effet décidé de rentrer chez lui, au Connecticut, après des mois passés aux îles de la Désolation. L'Halbrane arrive enfin... mais le capitaine Len Guy commence par refuser tout net de le prendre comme passager, puis, brusquement, la veille du départ, il change d'avis ! À bord, Len Guy finit par dévoiler à Jeorling les raisons de son revirement : c'est parce qu'il est américain, du Connecticut, et qu'ainsi il est possible qu'il ait connu la famille d'Arthur Gordon Pym... Arthur Gordon Pym ! Le héros dont Edgar Poe a raconté les surprenantes aventures à travers la mer Antarctique ! Jeorling croit rêver... Le roman d'Edgar Poe pourrait-il être autre chose qu'une fiction, une oeuvre d'imagination du plus prodigieux des écrivains américains ? Les événements qui surviennent alors vont démontrer à Jeorling que le capitaine Len Guy a bien tout son bon sens, et l'entraîner dans les plus merveilleuses et terribles aventures... Le Sphinx des glaces, suite inattendue des Aventures d'Arthur Gordon Pym, est l'un des derniers grands romans de Jules Verne.

  • Les chevaux approchaient au trot.
    Aux acclamations et à la beauté de l'attelage, on aurait pu croire à quelque grand personnage ou à un prince célèbre. ben mur se leva donc et se força un passage jusqu'à la barrière devant la première rangée de sièges de la tribune. son visage était sévère, son allure ardente. et soudain, toute la personne du conducteur fut en vue. un compagnon le suivait représentant l'exacte description de myrtilius.
    Ben hur ne vit que le conducteur, droit sur son char, les rênes passées autour du corps. une silhouette élégante, à peine couverte par une tunique de tissu rouge clair ; dans la main droite, un fouet ; dans l'autre, le bras levé et légèrement étendu, les quatre guides. la pose était gracieuse à l'excès tandis que les acclamations et les battements de mains étaient accueillis avec une indifférence de statue.
    Ben hur resta médusé - son instinct et sa mémoire l'avaient fidèlement servi -, le conducteur était messala.

  • Les mystères de Marseille

    Emile Zola

    • Parangon
    • 12 Juillet 2012

    Flots de peuple. Par instants, des souffles de colère couraient dans la foule, et alors des cris s'élevaient, s'étendaient par larges ondes, pareils aux grondements profonds de la mer. Toutes les fenêtres se garnissaient de spectateurs ; des gamins étaient montés le long des maisons s'accrochant aux devantures des boutiques.
    Marseille entier se trouvait là, et chaque curieux tournait avidement les yeux vers le même point. Il y avait sur la Cannebière plus de soixante mille personnes qui regardaient et huaient. Lorsque Marius eut réussi à s'approcher, il comprit enfin quel était le spectacle qui attirait et retenait la foule. Au milieu de la Cannebière, en face de la place Royale, se dressait un échafaud fait de planches grossières.
    Sur cet échafaud, un homme était lié à un poteau. Deux compagnies d'infanterie, un piquet de gendarmerie et de chasseurs à cheval entouraient la plate-forme et défendaient le condamné contre l'irritation croissante du peuple.

  • Je sors à l'instant d'un spectacle nommé porgy and bess.
    C'est un opéra tiré de la vie des noirs. un spectacle magnifique. il y a là abondance de mysticisme et de superstitions, de bonté et de confiance naïve typiques des noirs : j'y ai pris un grand plaisir. la mise en scène était de l'arménien mamoulian, la musique du juif girshfeld [gershwin], les décors de soudieïkine, et les acteurs étaient noirs. c'était vraiment le triomphe de l'art américain. [. ] après le spectacle, mamoulian nous a fait monter sur scène pour que nous disions quelques mots à la troupe.
    Et, bien sûr, la plus noire des actrices noires s'est soudain mise à parler russe. elle nous a dit qu'avant la révolution elle avait joué huit ans en russie. new york, 4 novembre 1935.

  • Rappelez-vous tous ces jours, sans en oublier un seul.
    Les jours où soufflait un vent du nord glacial et où les routes étaient verglacées : les roues des voitures patinaient et les hommes devaient quand même, malgré le vent dément, pousser les pièces jusqu'au sommet des collines. les jours où le soleil brillait et où régnait un silence étonnant : la neige tombée pendant la nuit dissimulait les traces du combat de la veille et le thermomètre indiquait quarante degrés au-dessous de zéro.
    Les jours de blizzard, lorsque des vagues de mousseline blanche traversaient toute la largeur de la chaussée, tandis que des hommes en combinaisons blanches, le fusil-mitrailleur accroché au cou et détournant leurs visages du vent, enfonçaient dans la neige jusqu'à la taille pour contourner un point fortifié allemand.

  • Jam session

    Jiri Slíva

    • Parangon
    • 12 Février 2009

    La musique est un magnifique phénomène, et les instruments de musique de superbes oeuvres d'art. Ainsi peuvent-ils devenir une source d'obsessions chez certains. À chaque fois que je suis passé par les pittoresques petites villes sur les pentes de la Toscane, la Ligurie ou la Provence, la première pensée pressante qui m'est venue à l'idée était la question de savoir comment on pouvait installer un piano dans les petits appartements situés sous les toits.
    Au contraire, à la vue des hameaux qui se terrent au fond des contrées désertiques du Canada, la question qui me torturait était de savoir comment les habitants emmènent leurs enfants à leurs leçons de violon ou de piano, ou quelle la distance les sépare du club de jazz le plus proche ou de la philharmonie.
    Quand je me retrouve à Prague, assis dans les merveilleux intérieurs de la philharmonie tchèque et que je contemple l'orgue majestueux qui domine la salle, une idée lancinante me tourmente : que se passerait-il si l'un des tuyaux tombait et (dans le meilleur des cas) perçait le piano ? Et où trouvent-ils un ramoneur pour nettoyer cette multitude de tuyaux ?
    Dans les clubs de jazz, je suis assailli par la crainte que le joueur de trombone ne porte un knock-out à quelqu'un, que le piano ne s'emballe lors d'un solo sauvage, que le flûtiste pris par son jeu ne se plante son instrument dans l'oreille. Ces idées lancinantes pourraient vous conduire dans un asile de fous. Pourtant, il existe un remède. Les dessiner.
    Jiri Sliva

  • Cette semaine, après en avoir fini avec mes scénarios, j'ai lâché la philo - pour le moment - et je me suis lancé dans la poésie - au grand galop.
    Comme je te le disais dans ma dernière lettre, je fais passer à l'action mes personnages de l'encyclopédie des hommes illustres. je vais. te raconter quelque chose. quand j'ai lu l'encyclopédie à pirayé, elle m'a demandé si tous ces gens-là allaient devenir les personnages d'un. roman ou d'une pièce. à vrai dire, certains personnages sont décrits en pleine action, ils vivent ; certains au contraire ne sont que des pierres tombales, comme tu me le faisais remarquer dans l'une de tes lettres.
    Je vais tâcher, en leur adjoignant des centaines encore de personnages, et en m'efforçant de trouver un lien entre les vivants et les morts, de décrire en un tout, et en choisissant les spécimens les plus caractéristiques, les hommes d'une période bien définie de l'histoire de mon pays. j'ai déjà écrit trois cents vers. j'ai calculé qu'il y en aura dix mille.

  • La Vie est un Rêve à dormir debout.
    Ainsi se produisent, de temps à autre, d'étranges événements qui soudain déchaînent ou dérèglent la comédie médiatique. C'est l'incroyable irruption d'un poulain sachant lire, qui fit délirer les experts de tout poil. Ou le sombre projet de technocrates ayant décidé, semble-t-il, de raser le mont Blanc pour faciliter le flux tendu des entreprises. Ou encore l'éclosion, au coeur des Ardennes, d'un Vampire de l'intelligence qui semait la panique en crétinisant son entourage. Sans parler de la rébellion légendaire des forêts contre les autoroutes meurtrières. Ou du terrible Virus littéraire qui, foudroyant les lecteurs cultivés, devait engendrer une mémorable crise de l'édition.
    Autant d'histoires dissidentes que l'auteur met en scène avec une ironie allègre et parfois poétique.

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